Sous l'œil du Prince

 

 

 Sous l'œil du prince

 

   Dans cette rubrique, pas une critique traditionnelle ou conventionnelle !
  Je ne citerai que les spectacles qui m'ont ravi, enchanté, surpris, passionné.

  A chacun d'eux : 1 à 5 sourires : 

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Maguy MARIN,
Ibos (65),
Le Parvis,
20 heures 30,
jeudi 11 avril 2019
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De cette performance d’une heure, nous sortons épuisés, lessivés et soulagés, tels des coureurs à la fin d’un parcours, de cette ligne de crête, tentant toujours de ne pas basculer dans l’un de ses versants.

Les reliques du capitalisme

Une fois installés, nous distinguons sur le plateau différents espaces cernés de plexiglas ; notre imaginaire commence à entrevoir des possibles, jusqu’au lancement de la bande-son, créée par Charlie Aubry, et de la lumière, conçue par Alexandre Béneteaud, qui installent alors instantanément l’atmosphère que nous devrons endurer. Ce sera un espace de travail rythmé par le bruit d’une photocopieuse et ses traits de lumière balayant le plateau.

Les six danseurs, aux visages inexpressifs, aux tailleurs ou costumes ajustés, apparaissent au compte-gouttes, branchés à leur téléphone. Ils commencent alors à trouver leur chemin dans les méandres du plateau pour apporter des objets de bureau au cœur de leur espace dédié. Cela devient par la suite un défilé, un déferlement, un ballet d’objets de toutes origines. Avec un plateau plus ou moins éclairé, une bande-son battant inlassablement le rythme et résonnant de plus en plus comme un ordre de marche, la pièce chorégraphique est déjà là – nous nous le disons au bout d’une vingtaine de minutes. Tout se joue alors ailleurs, dans de micro-détails, clins d’œil ou coups de pied à notre société de consommation.

En effet, probablement tous les vices et symboles se référant au capitalisme sont apportés, entassés, exposés sur le plateau du théâtre des Abbesses. La liste est longue ; il faut imaginer que ce plateau quasi nu en début de spectacle se remplit de toute part jusqu’à la fin, et ceci au gré des allers-retours des performeurs. Il y avait l’addiction aux smartphones, nous aurons l’addiction aux médicaments, à la « bouffe », à l’alcool et autres boissons, ou encore au sexe. Toutes les grandes marques sont représentées, de Nike à Coca-Cola, de Candia à Pom’potes, de Kronenbourg à Evian, et souvent en pack XXL. Les symboles de guerre, de vacances ou de fêtes telles que Noël sont distillés dans la nuée d’objets. Nous nous amusons et nous apprécions à noter le symbole RF (République Française) mis à l’envers ou une carte de l’Union européenne mise en évidence, puis ensevelie. Alors, avec cette profusion d’objets et de symboles, nous nous demandons où est la place du corps vivant.

Ligne de crete

Une chorégraphie à mi-chemin :

Alors que nos yeux observent ces marches, nous nous interrogeons sur la recherche chorégraphique de la pièce. Les allers-retours incessants font sans aucun doute partie intégrante de la performance tant ils sont structurés, pour réussir le défi de placer et d’entasser cet amas de reliques capitalistes. Au travers des marches, ici et là, une chorégraphie robotique à un, deux ou plusieurs danseurs, se dessine, succincte, parfois imperceptible. Des marques et gestes de névroses, telle une main grattant frénétiquement ou une autre tapotant inconsciemment, corps et buste, nous rappellent la folie supportée par nos corps. Nous restons cependant extérieurs ; nous ne sommes pas nous-mêmes pris dans cette aliénation dénoncée, peut-être seulement agacés. Les corps nous sont montrés uniquement assujettis à cette société de consommation : est-ce là leur unique destinée ?

Finalement, le souhait de Maguy Marin n’est-il pas de nous faire ressentir l’épuisement de cette société, l’épuisement des corps ? De nous faire ressentir ce rythme qui nous est imposé ? Ce pari est remporté : le coup porté à nos consciences est effectif. Nous sommes atteints.

Comment déplaçons-nous dès lors le curseur de la surconsommation ? Ce type de performance pourrait trouver sa place ailleurs, pour sensibiliser un autre public, pour mettre les grandes multinationales ou politiques en face de leurs responsabilités. Et cet acte ne pourrait-il pas être plus puissant en montrant la force de ces corps et leur sensibilité parmi ce monde inerte ? La danse ne pourrait-elle pas permettre de s’en émanciper et d’en briser les chaînes ? Cette performance créée par Maguy Marin laisse une sensation d’inachevé ; nous aurions aimé goûter à une autre libération que celle éprouvée uniquement par la fin du spectacle.

Vincent PAVAGEAU

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Charlélie Couture,
Marciac (32),
L'Astrada,
21 heures,
samedi 6 avril 2019

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   Après un exil volontaire aux Etats-Unis, le chanteur lorrain, poète, plasticien, sculpteur, photographe CharlElie Couture revient en France.
   Parti pour une Amérique où tout était possible si on avait du coeur à l'ouvrage, aujourd'hui, à 60 ans, sous la présidence de Trump, il quitte New-York. Le coeur n'y est plus. En 2017, il expose au Salon de la photo à Paris et à la Foire internationale de Montpellier. Le voici maintenant en tournée avec les chansons de son dernier album enregistré à Lafayette en Louisiane avec la fine fleur des musiciens cajuns. Un blues intense et profond qui exprime la quintessence de son art.

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Artistes :

  • CharlElie Couture (guitare, voix)
  • Karim Attoumane (guitare electrique)

  • Pierre Sangra (violon, banjo)

  • Mathieu Denis (basse)

  • Martin Mayer (batterie)

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Orchestre National Bordeaux Aquitaine
BACH / MENDELSSOHN MONTSALVATGE / BEETHOVEN
Dimanche 24 mars 2019 à 16h
Le Parvis - Ibos (65)

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   Affiche féminine, mais surtout prestigieuse que cette rencontre entre la cheffe américaine Karen Kamensek et la violoniste française Fanny Clamagirand, pour un concert placé sous le signe de Bach.

   Les deux musiciennes se retrouvent autour d’un programme embrassant plus de deux siècles et demi de musique autour de la figure de Bach en particulier. Le Prélude et fugue BWV 552 est l’un des plus importants que Bach a composé pour l’orgue. Sa structure polyphonique riche et complexe représentait un terrain de jeu idéal pour le transcripteur passionné qu’était Schönberg, au tournant du XXème siècle. Le résultat est d’une clarté et d’une transparence magistrale.       
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C’est avec la même rigueur, mais non sans humour, que le compositeur catalan Xavier Montsalvatge a soumis la fameuse Chaconne à une « désintégration morphologique ». Mendelssohn fut l’un des grands artisans de la redécouverte de Bach au XIXème siècle. Et c’est dans la ville de Leipzig, chère à Bach, que fut créé le concerto pour violon n°2, un sommet du romantisme musical par son incomparable richesse mélodique. La Symphonie n°8 de Beethoven qui clôt ce concert est un miracle de tension entre rigueur classique et exaltation romantique.
Originaire des Etats-Unis, Karen Kamensek dirige aussi bien l’opéra que les concerts symphoniques, dans une grande variété de répertoires. Une polyvalence qui lui permet de diriger autant les grandes symphonies de Mahler que les créations contemporaines. Elle est l’invitée régulière de grandes scènes d’opéra comme à Berlin, Hambourg, Vienne, San Francisco ou l’English National Opera, pour ne citer qu’elles, et dirige au concert de grandes formations comme la Philharmonie de Hambourg, la Real Filarmonia de Galicia ou l’Orchestre de la Radio de Vienne.
Fanny Clamagirand est une des jeunes virtuoses du violon. Son élégance, le brillant de son jeu, ses interprétations mêlant sensibilité et autorité ont été salués à plusieurs reprises par la critique. Lauréate des concours de Monte-Carlo et de Vienne, elle joue en soliste avec de nombreux orchestres, tels l’Orchestre Philharmonique de Vienne ou l’Orchestre National de France.

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